Santé au travail : pourquoi la sédentarité est devenue un risque professionnel majeur

Classé dans la catégorie : Actualité des manifestations / formations

Le 3 juin 2026, lors du Festival de la Prévention organisé par Inforisque, Alexandre Dana, cofondateur de LiveMentor et coauteur du livre La chaise tue, a invité les participants à s'interroger sur un risque qui progresse silencieusement dans nos vies personnelles comme professionnelles : la sédentarité.

Souvent réduite à une question de mode de vie ou de responsabilité individuelle, elle constitue pourtant un enjeu majeur de santé au travail. Ses conséquences dépassent largement les seuls troubles musculosquelettiques. Elles concernent également les maladies chroniques, la santé mentale, les capacités cognitives et même les liens sociaux.

À travers son expérience personnelle, les recherches menées pour l'écriture de son ouvrage co-écrit avec Victor Fresing La Chaise Tue et les expérimentations réalisées au sein de LiveMentor, Alexandre Dana a dressé un constat sans détour : nous vivons dans un environnement conçu pour nous immobiliser.

 Voir le replay de la conférence.

Nous sommes devenus sédentaires sans nous en rendre compte

Pour introduire son intervention, Alexandre Dana propose un exercice simple : consulter le nombre de pas effectués la veille.

La question paraît anodine. Pourtant, elle provoque souvent une prise de conscience immédiate.

De nombreux salariés ont le sentiment d'être actifs parce qu'ils travaillent intensément ou pratiquent une activité sportive quelques fois par semaine. Mais lorsqu'ils regardent leur compteur de pas, la réalité est souvent différente : plusieurs heures passées assis, très peu de déplacements et une activité physique quotidienne largement insuffisante.

Cette évolution n'est pas le résultat d'un manque de volonté. Elle est la conséquence directe de la transformation de nos modes de vie.

Nous travaillons devant des écrans. Nous nous déplaçons en voiture. Nous commandons nos repas ou nos achats en ligne. Nous échangeons en visioconférence. Nous nous divertissons devant des plateformes de streaming. Chaque innovation nous fait gagner du temps... mais réduit aussi nos occasions de bouger.

L'histoire personnelle qui a donné naissance à « La chaise tue »

Si Alexandre Dana s'est intéressé à la sédentarité, c'est avant tout à travers l'histoire de son père.

Psychiatre de profession, celui-ci passait ses journées assis dans son cabinet à recevoir des patients. Ses déplacements s'effectuaient principalement en voiture. Ses loisirs étaient eux aussi très sédentaires : lecture, télévision, travail intellectuel.

Pendant longtemps, rien ne semblait problématique.

Puis les problèmes de santé se sont accumulés.

Un diabète de type 2 est apparu. Ensuite un cancer de la prostate. Les traitements ont progressivement entraîné une perte de masse musculaire et une diminution des capacités physiques.

Au cours de sa conférence, Alexandre Dana décrit alors une véritable spirale.

La sédentarité provoque une faiblesse musculaire. Cette faiblesse complique certains traitements. Les difficultés liées aux traitements réduisent encore davantage l'activité physique. L'autonomie diminue progressivement jusqu'à parfois conduire à des situations extrêmement graves.

En juillet 2025, son père est victime d'un coma diabétique.

Cette expérience marque profondément Alexandre Dana et devient le point de départ d'un travail d'enquête qui aboutira à l'écriture du livre La chaise tue.

Un risque qui touche toutes les dimensions de la santé

L'un des messages forts de la conférence est que la sédentarité ne se résume pas à un problème de poids ou de condition physique.

Ses effets concernent quatre dimensions fondamentales de la santé.

La santé physique

Les conséquences physiques sont aujourd'hui largement documentées.

La sédentarité augmente notamment le risque :

  • de maladies cardiovasculaires ;
  • de diabète de type 2 ;
  • d'obésité ;
  • de troubles musculosquelettiques ;
  • d'aggravation de certains cancers ;
  • de complications pendant la grossesse.

Notre organisme a été conçu pour bouger. Lorsque les périodes d'immobilité deviennent la norme, de nombreux mécanismes physiologiques se dérèglent progressivement.

La santé mentale

L'immobilité influence également notre équilibre psychologique.

Plusieurs études montrent un lien entre sédentarité, anxiété, dépression et épuisement professionnel.

Le mouvement participe à la régulation du stress, favorise la production de neurotransmetteurs essentiels au bien-être et contribue au maintien d'un bon équilibre émotionnel.

La santé cognitive

Un aspect encore peu connu concerne les fonctions cognitives.

Mémoire, concentration, créativité et prévention des maladies neurodégénératives sont directement influencées par notre niveau d'activité physique.

Alexandre Dana rappelle que certaines entreprises organisent désormais des réunions en marchant, non seulement pour favoriser le mouvement, mais aussi pour stimuler la créativité et la qualité des échanges.

La santé sociale

Enfin, la sédentarité modifie nos relations sociales.

Le développement du télétravail, des loisirs numériques et des services à distance réduit progressivement les interactions humaines spontanées.

Le phénomène des « enfants d'intérieur », évoqué durant la conférence, illustre parfaitement cette évolution.

David contre Goliath : pourquoi la volonté individuelle ne suffit pas

Pour Alexandre Dana, le problème ne réside pas uniquement dans les comportements individuels.

Nous évoluons dans un environnement qui favorise en permanence l'immobilité.

Livraisons à domicile, plateformes de streaming, réseaux sociaux, open spaces, visioconférences, téléconsultations : tout est conçu pour limiter les déplacements.

L'intervenant utilise alors l'image de David contre Goliath.

David représente notre volonté individuelle de bouger davantage.

Goliath représente l'ensemble des forces économiques, technologiques et organisationnelles qui nous poussent à rester immobiles.

Dans ce contexte, il devient difficile de faire reposer la prévention uniquement sur la responsabilité individuelle.

La lutte contre la sédentarité doit également devenir un sujet d'organisation du travail.

Debout toute la journée : une fausse bonne idée

Face aux risques liés à la position assise, certains imaginent qu'il suffirait de rester debout.

La réalité est plus complexe.

Alexandre Dana prend l'exemple des infirmiers.

Ces professionnels passent une grande partie de leur journée debout et figurent pourtant parmi les populations les plus touchées par les troubles musculosquelettiques.

Le problème n'est donc pas la position assise ou debout en elle-même.

Le véritable enjeu consiste à alterner régulièrement les postures.

Les études citées montrent notamment que :

Pourquoi le sport ne compense pas une journée passée assis

L'un des mythes les plus répandus consiste à croire qu'une séance de sport suffit à compenser plusieurs heures d'immobilité.

Alexandre Dana démontre que cette idée est fausse.

Il évoque notamment le concept de « sportif sédentaire ».

Une personne peut pratiquer intensément une activité sportive le soir ou le week-end tout en restant assise dix heures par jour.

Dans ce cas, les effets négatifs de la sédentarité persistent.

L'activité physique programmée reste essentielle, mais elle ne remplace pas le mouvement régulier tout au long de la journée.

Le rôle des NEAT

L'intervenant présente alors la notion de NEAT (Non-Exercise Activity Thermogenesis).

Il s'agit de tous les mouvements du quotidien qui ne relèvent pas du sport :

  • marcher ;
  • monter des escaliers ;
  • faire le ménage ;
  • bricoler ;
  • jardiner ;
  • se déplacer à pied ;
  • travailler debout.

Ces activités représentent une part considérable de notre dépense énergétique quotidienne.

Comment LiveMentor a tenté de remettre le mouvement au cœur du travail

Alexandre Dana partage ensuite le retour d'expérience de LiveMentor.

L'entreprise compte environ 100 salariés et 150 mentors indépendants répartis sur plusieurs sites.

Tous les métiers sont principalement exercés devant un ordinateur.

La question de la sédentarité s'est donc rapidement imposée comme un enjeu majeur.

Contrairement aux idées reçues, la création d'une salle de sport n'a pas constitué la solution miracle.

L'entreprise a plutôt choisi d'intégrer le mouvement directement dans l'organisation du travail.

Parmi les initiatives mises en place :

  • réunions en marchant ;
  • casques Bluetooth favorisant les déplacements pendant les appels ;
  • sièges ballon ;
  • bureaux assis-debout ;
  • défis collectifs autour du nombre de pas ;
  • proximité avec des espaces naturels.

L'objectif n'était pas de transformer les salariés en sportifs, mais de réintroduire du mouvement dans leur quotidien professionnel.

Les solutions concrètes pour lutter contre la sédentarité

Changer de posture toutes les 30 minutes

Le premier réflexe consiste à interrompre régulièrement les périodes d'immobilité.

Quelques minutes suffisent pour relancer l'activité musculaire.

Bouger devant son écran

Des exercices simples peuvent être réalisés pendant certaines réunions ou périodes de travail.

Privilégier les escaliers

Chaque déplacement représente une occasion de remettre du mouvement dans la journée.

Organiser des réunions en marchant

Cette pratique favorise à la fois la créativité et l'activité physique.

Réinventer les espaces de travail

Bureaux assis-debout, sièges actifs ou espaces de circulation encouragent les changements de posture.

Modifier ses habitudes de transport

Marcher davantage ou descendre un arrêt plus tôt peut avoir un impact significatif sur le volume d'activité physique quotidien.

Utiliser intelligemment la technologie

Les montres connectées et applications de suivi peuvent servir de rappels utiles.

Se rappeler que chaque geste compte

La lutte contre la sédentarité repose avant tout sur l'accumulation de petits mouvements répétés tout au long de la journée.

Deux témoignages qui montrent que le changement est possible

Pour conclure son intervention, Alexandre Dana partage deux témoignages particulièrement marquants.

Le premier est celui de sa mère, qui lui explique que la lecture du livre lui a permis de prendre conscience de l'importance de l'activité physique et l'a motivée à reprendre une pratique régulière.

Le second provient d'un lycéen de 16 ans qui souhaite sensibiliser son établissement scolaire aux risques de la sédentarité après avoir découvert l'ouvrage.

Deux exemples simples qui illustrent l'impact que peut avoir la prise de conscience sur les comportements.

Ce qu'il faut retenir

La sédentarité est devenue un risque professionnel à part entière.

Elle affecte la santé physique, mentale, cognitive et sociale. Elle ne concerne pas uniquement les salariés de bureau, mais l'ensemble de la population.

Le sport reste indispensable, mais il ne suffit pas à compenser une journée passée immobile.

La solution repose avant tout sur la multiplication des mouvements du quotidien, l'alternance des postures et la transformation progressive de nos environnements de travail.

Comme l'a rappelé Alexandre Dana lors du Festival de la Prévention 2026, chaque pas compte. Et parfois, les changements les plus efficaces sont aussi les plus simples.

 Voir le replay de la conférence.

Les derniers produits : Toutes les categories